On la refait ? Photographier deux fois la même personne.

Cette semaine, je vais photographier pour la seconde fois l’une des cadres dirigeants d’une grande banque pour un quotidien. Je repense à la discussion que j’ai eue avec Alden lorsque je l’ai revu à New York en octobre : qu’est-ce qui change lorsque l’on photographie la même personne une seconde fois ?

Frédéric Oudéa, à deux ans de différence

Frédéric Oudéa, en 2010 (à gauche) et en 2008 (à droite).

En juin 2008, alors qu’il était rédacteur photo à l’Institutional Investor Magazine, Alden est tombé sur mon site internet et s’est dit que je pourrais bien m’occuper du portrait de Frédéric Oudéa, nouveau patron de la Société Générale suite au départ de Daniel Bouton en pleine affaire Kerviel. Un assistant, le Quantum que je venais d’acquérir… hop, c’était fait. J’étais TER-RO-RI-SÉ. Rendez-vous compte : première commande d’un mag’ américain, rendez-vous avec un grand patron dont l’entreprise était en pleine tourmente… et fallait assurer. « Yes I can, no problem.» J’étais convaincu… mais fallait le dire vite, j’avais surtout le sentiment de faire un pari ; je n’avais pas du tout l’habitude d’un tel contexte. C’était la première fois qu’on me faisait autant confiance sans me connaître. Résultat, le portrait ci-dessus (à droite) et une première paru’ à l’étranger (à gauche) :

Fin 2010, j’y suis retourné pour Enjeux / Les Echos, et là : rien à voir. J’étais à l’aise, ça ne me faisait plus peur. Sans flash, juste un réflo, j’étais beaucoup plus naturel. Deux ans d’expérience en plus, tout simplement. L’occasion de vérifier ce que je m’étais dit après le premier rendez-vous : Frédéric Oudéa, comme bien d’autres à son niveau, paraît très attentif à son image, il fait gaffe à la façon dont il sourit, dont il se tient… mais cette fois-ci, j’ai su allé un peu au-delà, on discute, on sourit un peu… je prends garde au fond, réfléchis à ce que la photo pourrait faire passer… C’est pas facile, un gros plan, mais je suis désormais photojournaliste à part entière. La première fois, je sortais à peine de l’EMI-CFD, je commençais à démarcher les mag’… Peu de temps après, je rencontrais Augustin de Romanet (Caisse des Dépôts) pour Challenges, premier magazine à me proposer des piges régulières. C’était un peu plus facile, il s’agissait de le photographier dans un contexte d’interview :

Augustin de Romanet, Directeur Général de la caisse des Dépôts, pour le magazine Challenges (paru en octobre 2008) et pour Le Monde (paru en décembre 2008)

Deux mois plus tard, je retrouvais le même personnage, et cette fois-ci, c’était beaucoup plus court ! 5 min., pas beaucoup plus, portrait posé pour Le Monde, il est monté sur un ressort, c’est un peu intimidant – est-ce que ça va donner une image intéressante ? – et finalement, c’est justement ce qu’il nous faut : sans qu’on ait à lui donner trop d’indications, il multiplie les poses, bouge sur le canapé de son bureau… son directeur de la communication surveille. C’est terminé, merci et au revoir !

Mercredi, la même expérience, quelques mois d’intervalle entre les deux séances. Ça promet d’être intéressant !

[Mise à jour – 10/2/11] Alden, le rédacteur photo dont je parle plus haut, viens de m’écrire après avoir lu la note :
Je crois que toi & moi en avons parlé la dernière fois que tu es passé à NYC. Quelques-un des photographes que je côtoyais pour Institutional Investor Magazine m’ont dit qu’il leur arrivait de photographier plusieurs fois la même personne, and qu’ils essayaient alors de penser différemment pour la prise de vue, souvent parce que la de la personne avait évolué. Frédéric Oudéa apparaît plus confiant et calme dans la nouvelle série, alors qu’il paraissait plus raide voire inquiet la première fois : il est intéressant de voir les deux photos côte à côte parce que, non seulement ton syle a évolué, mais la personnalité du sujet également ! On sent qu’il est en poste depuis un moment.
(…) Je n’étais pas présent lors des séances photo, but c’est l’impression que je garde des images finales choisies pour les deux articles. Il en va de même pour ta photographie, j’ai le sentiment que ton approche est plus excentrique, décontractée et moins solennelle, quelque soit ton sujet. C’est de cette façon que tu traites tes portraits à Cannes, ceux-là même qui ont valu que je t’appelle pour la commande à l’époque où j’étais en poste à l’Institutionnel Magazine.

Nico a une idée : une encyclopédie du photojournalisme ?

[lang_fr]Ce matin, comme presque tous les lundis matin (8h30, ouais…), on s’est retrouvé à quelques-uns pour parler photo et démarrer la semaine. On n’a pas chômé depuis la semaine dernière, et Nicolas-François (photo) a même eu une idée !

cafe du lundi

Présent mercredi dernier à la MEP pour un retour sur 20 ans de Visa Pour l’Image, Jean-François Leroy s’est plaint du manque de culture photo des jeunes photographes : « on ne peut pas photographier les mineurs en prison sans avoir vu le travail de Lizzie Sadin ! » OK, c’est pas faux. Du coup, Nicolas-François a imaginé un wiki sur lequel seraient rassemblés au fur et à mesure tout ce qui peut se produire en reportage photo. Un projet à mi-chemin entre l’encyclopédie et le link-journalism ?

Partant du principe que de nombreux sujets ont déjà été abordés en photo, on sera moins bête de consulter ce genre de site avant de partir sur le terrain la fleur au fusil ! Cela pourrait aboutir à un site de référence pour les photojournalistes. Pourvu que l’on trouve un moyen de parler de tous ces reportages photo sans que cela vienne heurter le droit d’auteur…

Le projet n’en est qu’à ses balbutiements, mais la réflexion est déjà en cours sur le nom. Si vous souhaitez participer au projet, contactez-le ![/lang_fr]

[lang_en]This morning, as every Monday morning (8:30 am… yeah…), a few of us photojournalists met to talk about photo and starting the week. We didn’t rest last week! As a matter of fact, Nicolas-François (photo below) even got an idea!

cafe du lundi

Last wednesday at the MEP, at a Visa Pour l’Image‘s retrospective, Jean-François Leroy complained about lack of photographic culture among young photojournalists: “one cannot shoot the minors in jails without having looked at Lizzie Sadin’s work!” Truth be told, he’s got a point. The discussion indeed lead Nicolas-François to imagine a wiki website, where to gather as much photo-stories as possible. A project between encyclœpedia and link-journalism?

Since many subject have already been told in photography, one would be clever to look over what’s been previously done before going onfield. The site might become a great source for every journo, provided it doesn’t infringe copyright laws.

The project is only at its debute, there’s already some discussion about which name to choose. If you’d like to be a part of it, feel free to contact Nicolas-François! [/lang_en]

Comment ça, je ne fous rien ?

Du point de vue du blog, je n’ai pas été très actif. Un peu perfectionniste (si, si…), je renâclais à publier une note about nothing. Du coup, les effets sur la maman de Thomas (et certainement sur d’autres mamans ! Grands Dieux…) ne laissent aucun doute : « mais il fait quelque chose, en ce moment, Antoine ? »

fryda hyvonen backstage

Comme je l’évoque dans une précédente note, mon métier démarre depuis octobre. Avant : EMI-CFD, galères et rendez-vous icono sans débouchés. Le Monde, La Vie, Le Pélerin, 01 Informatique, Phosphore, Enjeux Les Echos, Prisma Presse, Challenges, La Croix, Courrier Cadres, Le Figaro Magazine, Psychologie, Capital, L’expansion, Première, L’Optimum, Le Monde 2, Studio, etc. !

Je suis allé rencontrer tous ces gens au cours des derniers mois, et il en reste quelques-uns dans ma to-do-list, sans compter les agences « corporate ».

Cet été, j’ai investi dans mon book. Bout-à-bout, des tirages chez Picto au book en lui-même… sûrement dans les 900 euros. Oui, j’ai bien retenu qu’il fallait mettre le prix pour un book :

« The portfolio tells me a lot about the photographer and how ready they are for representation. I’ve seen a lot of top-notch websites and then really poorly compiled portfolios. The artist portfolio is just as important, and should be professional and well-edited. The prints should be of a consistent and high quality….. It takes quite an upfront investment to pull together your promotional materials, which is so so important in competing in this industry. » (via Adventure Photographer ; interview complète sur toomuchchocolate.org)

Et puis il y a eu Visa Pour l’image. Et, là, quelques jours plus tard, alors que je me demande comment je vais payer mon loyer, tout démarre : Challenges, dont j’ai rencontré le D.A. fin août, m’appelle pour le portrait de Christophe Sabot. Du coup, je relance Le Monde avec ce portrait. Et moi de photographier Laurent Storch, nouveau directeur des programmes chez Tf1.

Depuis octobre, je travaille régulièrement pour la presse. Dans l’ordre : Challenges, Le Monde puis Monocle (uk). Evidemment, on est payé un à deux mois plus tard, et puis je ne prends pas non plus des milliers de photos. Mais c’est régulier et agréable, comme ce reportage sur Frida Hyvönen (photo : en backstage à la Maroquinerie, Paris) à paraître dans le prochain numéro de Monocle.

Un bémol, tout de même : je ne sais pas encore de quoi sera fait Janvier, ni février, ni mars, ni avr… ah ! avril, je sais : je couvrirai les bars & restaurant pour Télérama Sortir. Mais d’ici là… :

« I spent a good portion of November being much slower than I wanted. In fact, I panicked a bit. Not the January/August panic that happens despite almost 20 years of photography that tells me that those are my slow months. It was a « oh my God the phone isn’t ringing, I need new clients » panic. A scheduled rate increase set for January I was rethinking, and I gave serious thoughts to accepting lower paying assignments, and, I looked at my bank account to see how much longer the business would run if the phone didn’t ring again. » (John Harrington, When it gets slow)

Si seulement je postais aussi souvent que Bruno Lévy.

Photographe aguerri, Bruno Lévy est également un blogueur sérieux et assidu : il a publié un paquet d’images sur son blog, ces derniers jours. Moi, je dois bien avoir 6 ou 7 brouillons de billets qui attendent d’être publiés.

cafe lundi

Se poser les bonnes questions.

Les petits cafés du lundi (photo) continuent ! Ça fait du bien de mêler discussions pro façon how-to et babillage inutile dans la brume matinale.

Il faut dire qu’il y a un an commençait notre formation à l’EMI-CFD. Effet anniversaire oblige, c’est le moment des questions !
Évidemment, je ne suis pas le seul ! Frozen Piglet nous sent tous mourir, vu l’équilibre économique de la profession de photographe en particulier et de journaliste en général, et Jean-Marie fait son bilan de l’année

Alors que l’on se demande tous comment sortir du lot, Photographie.com apporte quelques réponses (via Tendance Bleue).

A Photo Editor évoque souvent diverses manières de présenter son book : pourquoi pas un mix vidéo & papier ?

Et passer à l’action.

Il n’y a pas de mystère : je m’interroge continuellement. Comment présenter mon book ? Qui contacter ? Comment prendre mes photos ? Quels sujets documenter ? Qu’offrir à Florence pour Noël ?

N’empêche, je récolte enfin les fruits du démarchage des mois précédents : Le Monde, Challenges, Capital, Monocle… Je travaille désormais pour ces entreprises de presse ! Des portraits pour Le Monde, des sujets éco pour Challenges, avant de repartir sur des aventures culturelles avec Monocle. Certaines de mes photos sont cachées sur flickr ; ajoutez-moi et je me ferai un plaisir de vous glisser parmi mes flickr friends.

On n’a rien sans rien : je lisais récemment qu’un photographe ne consacre que 30 % de son temps à la prise de vue… je confirme. Téléphone, mails… J’ai l’impression de bosser pour un Call Center de Bombay, parfois ! Il m’est régulièrement arrivé de me demander si je n’emmerdais pas un peu les services photo… C’est sûrement vrai, parfois ! mais ça paie. M’en lasserai-je ?

Maintenant, il ne me reste plus qu’à vendre mes propres sujets. Ça reste une vraie galère.